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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 16:34

Le plus vaste essai vaccinal mené à ce jour a permis de réduire d'un tiers le risque d'infection par le VIH. Mais beaucoup reste à faire.

Si «le» vaccin contre le sida n'est pas pour demain, c'est la première fois dans l'histoire de l'épidémie qu'un essai clinique laisse entrevoir la possibilité de prévenir la contamination par le virus. Testé chez 16 000 volontaires en Thaïlande, un cocktail de deux vaccins expérimentaux a réduit d'un tiers les cas de séroconversion. Les résultats bruts de cet essai dit de phase III, appelé RV144, ont été présentés jeudi lors d'une conférence de presse organisée par Sanofi-Pasteur, qui développe l'Alvac-HIV, l'un des deux vaccins. S'ils ont multiplié les déclarations enthousiastes, les porte-parole de l'armée des États-Unis et du ministère thaïlandais de la Santé, qui ont conduit l'étude, n'ont guère détaillé leurs données. Celles-ci seront développées lors d'une conférence internationale sur les vaccins qui se tiendra à Paris du 19 au 22 octobre.

 


Les deux premiers essais à grande échelle, menés avec des vaccins de première génération, avaient échoué (voir ci-dessous). Pour augmenter les chances de succès, les chercheurs américains ont fait appel à une stratégie de «prime-boost» (primo vaccination rappel) qui consiste à injecter un premier vaccin pour amorcer la réponse immunitaire puis un deuxième, de nature différente, pour amplifier la production d'anticorps. Le premier, l'Alvac-HIV, est produit à partir d'un virus qui infecte le canari (canarypox) modifié génétiquement. Celui-ci ne peut pas survivre dans les cellules humaines mais permet de faire pénétrer des gènes codant pour des protéines immunisantes du VIH. Le deuxième, AIDSVAX (cédé par Vaxgen à l'organisation Global Solutions for Infectious Diseases) est une version synthétique d'une protéine d'enveloppe du virus, la gp120.

 

Un test discuté

Testés séparément, ces deux vaccins n'avaient permis aucune protection. Dans l'essai thaïlandais, débuté en 2003, les 16 000 volontaires, âgés de 18 à 30 ans et considérés comme à risque «moyen» d'être contaminés par le VIH ont été divisés en deux groupes : 8 000 ont reçu le cocktail vaccinal, 8 000 des placebos. À l'époque, une partie de la communauté médicale s'était élevée contre cette étude, jugée éthiquement discutable. Trois ans après la fin des injections, les vaccins ont confirmé leur bonne tolérance. Surtout, soulignent les investigateurs, ils ont enfin démontré une efficacité : 74 cas de sida sont survenus dans le groupe placebo, 51 parmi les vaccinés, soit une diminution de 31 %, significative sur le plan statistique. «Ces résultats sont modestes, mais c'est la première fois que l'on a un signal positif pour un vaccin», insiste le Pr Anthony Fauci de l'Institut national de l'allergie et des maladies infectieuses (États-Unis). Il souligne toutefois qu'il reste encore beaucoup de questions à résoudre avant d'envisager une mise sur le marché. «On ne sait pas quelle est la durée de protection conférée, ni si ce vaccin sera efficace dans d'autres catégories de population, homosexuels ou toxicomanes par exemple», note ainsi Anthony Fauci. Les spécialistes français sont encore plus mesurés. «Il faut modérer notre enthousiasme, c'est seulement une diminution de 31 %, et on ne sait pas pourquoi ces personnes ont été protégées», réagit le Pr Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine 2008 pour sa participation à la découverte du virus.

«La première bonne nouvelle, c'est que la communication sur les mesures de prévention a été très efficace, car il n'y a eu que 125 contaminations sur 16 000 personnes», relève le directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), Jean-François Delfraissy.

Le Pr Yves Levy, responsable des essais vaccinaux à l'ANRS rappelle toutefois qu'«après 30 candidats vaccins en 20 ans, on a au moins un signe montrant qu'il est possible de réduire les risques». «Un vaccin efficace dans 30 % ou 50 % des cas pourrait avoir un rôle important s'il s'inscrit dans un système de prévention renforcé. Il n'y a pas encore de solution unique pour lutter contre le VIH» , estime Michel Sidibé, directeur de l'Onusida.

 

Source : Figaro

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Published by Milem - dans Tech-Sciences
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